Pourquoi y a-t-il une hausse de féminicides au Québec en 2021 ? 

Photo by Susan Wilkinson on Unsplash

La semaine dernière s’est déroulé le 11e féminicide au Québec cette année. Pour mettre ces chiffres en perspective, la moyenne annuelle des féminicides au Québec lors des années précédentes était de 12. Considérant que cela ne fait que cinq mois que l’année 2021 a commencé, ces chiffres sont certainement inquiétants. Afin de mieux comprendre pourquoi il y a une si grande hausse de féminicides au Québec nous nous sommes entretenus avec Claudine Thibaudeau, travailleuse sociale et responsable du soutien clinique et de la formation à SOS violence conjugale ainsi qu’avec Annick Brazeau, la directrice de la Maison d’Hébergement Pour Elles Des Deux Vallées.

Qu’est-ce qu’un féminicide?
Un féminicide est défini comme étant le meurtre de femmes et de filles. Il s’agit de « la forme la plus extrême de violence sur un continuum de violence et de discrimination à l'égard des femmes et des filles. » Selon les recherches, il y aurait deux types de féminicides : le féminicide intime et le féminicide non-intime.

Cette hausse est-elle liée à la pandémie?
« Plus on restreint les libertés de la victime, plus on accentue le pouvoir de l’agresseur » indique Claudine Thibaudeau. Pour elle, il y a une corrélation entre la pandémie et cette hausse de féminicides dans des situations de violence conjugale puisque non seulement le partenaire a davantage d’opportunités d'agresser la victime, mais en plus il y a moins d’occasions pour les victimes d’obtenir de l’aide externe. Annick Brazeau mentionne qu’en raison de ce manque d’occasions, il est davantage difficile pour les femmes de quitter la violence puisque habituellement une femme qui vit de violence conjugale planifie son départ, elle visite le refuge, elle appelle lorsqu’elle est au travail, à l’école ou chez des amis, ainsi l’accès à l’aide est limité par les restrictions en lien avec la pandémie.

Cependant, elle insiste qu’il est important de ne pas mettre tout sur le dos de la pandémie. Souvent, la société et les conjoints vont tenter d’expliquer les gestes des agresseurs avec des excuses comme la consommation ou la perte d’emplois. À son avis, il est dangereux de présenter la pandémie comme la cause de cette hausse, puisqu’il s’agit d’une autre excuse utilisée pour justifier des gestes violents que l'agresseur a choisis de poser.

En ce qui concerne l'aide additionnelle fournie en raison de la Covid-19 aux acteurs  ce milieu, beaucoup de ressources ont été mises en place et ce, le mieux possible et le plus rapidement possible selon Claudine Thibaudeau qui rappelle qu’il manquait de place en maison d'hébergement avant la pandémie et que ce problème de manque de ressources ne se résout pas en une semaine.

Comment prévenir ces situations?
Claudine Thibaudeau évoque que, pour prévenir ce problème, il est important d’avoir des services adaptés à la pandémie comme un service de clavardage 24/7 par exemple. Cependant, ce ne sont pas seulement les ressources qui permettent la prévention de ce genre de situation, il s’agit également de changer les mentalités.

« Le contexte [de la] pandémie a ouvert ce débat social, les consciences par rapport aux victimes de violences conjugales » dit-elle. Il faut tout d'abord avoir une prise de conscience collective à ce sujet puisqu'il s'agit d'un enjeu de société. Il est essentiel d’expliquer aux adolescents et adolescentes ce qu'est une relation saine et leur apprendre à repérer les comportements violents, comme le fait SOS violence conjugale par le biais de leur site web www.cestpasviolent.com.

Il y a également du travail à effectuer au niveau du système judiciaire qui donne souvent des secondes chances aux agresseurs. D’après Annick Brazeau, il faudrait entre autres que les conséquences pour ces derniers soient plus importantes puisqu’en ce moment elles sont minimes, ce qui légitime leurs actions et banalise le sérieux criminel de la violence conjugale.

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